Confrontée aux dérèglements climatiques et à la dégradation des sols, la Région Centrale du Togo cherche son modèle de résilience. Entre innovations locales et savoir-faire traditionnels, les acteurs du monde rural réinventent leurs pratiques. Éclairage et analyse d’expert avec un spécialiste des questions de développement agricole et d’environnement.
Dans plusieurs localités de la Région Centrale, la baisse de la pluviométrie et l’imprévisibilité des saisons agricoles mettent à rude épreuve la sécurité alimentaire des foyers ruraux. Face à l’érosion des rendements des cultures vivrières traditionnelles, une dynamique de transition vers des pratiques agroécologiques s’organise. Reboisement, compostage biologique, apiculture durable et valorisation des semences locales forment aujourd’hui le socle d’une réponse communautaire coordonnée.
Interview exclusive de Baoumodom, Expert en développement rural
www.lerelai.tg : La Région Centrale enregistre depuis plusieurs années des perturbations climatiques visibles. Quel est l’état des lieux sur le terrain pour les producteurs locaux ?
Expert en développement rural : Le constat est sans appel. Nous assistons à un glissement des calendriers agricoles traditionnels. Les pluies sont plus tardives, parfois plus violentes sur de courtes périodes, ce qui entraîne l’érosion des sols et le lessivage des nutriments. Pour les petits producteurs dont la subsistance dépend exclusivement de l’agriculture pluviale, cette instabilité se traduit immédiatement par une baisse des rendements et une vulnérabilité économique accrue.
www.lerelai.tg : Face à ce constat, quelles sont les alternatives concrètes qui émergent au sein des communautés ruraux ?
Expert : La réponse principale réside dans l’adoption progressive des principes agroécologiques. Il ne s’agit pas d’abandonner l’agriculture, mais de corriger les méthodes destructrices. Cela passe par la restauration des sols à l’aide du compost biologique, l’association des cultures, l’agroforesterie et le bannissement des brûlis. L’intégration d’activités génératrices de revenus compatibles avec l’environnement, comme l’apiculture écologique ou l’élevage caprin maîtrisé, permet d’offrir un filet de sécurité financier aux familles lors des mauvaises campagnes.
www.lerelai.tg : Quels sont aujourd’hui les principaux freins à la généralisation de ces pratiques durables ?
Expert : Le premier obstacle est d’ordre financier et logistique : la transition agroécologique demande un temps d’adaptation et des investissements initiaux (formation, équipements, outillage approprié). Le second frein concerne la structuration des filières. Produire proprement est une chose, mais écouler ces produits agroécologiques à leur juste valeur sur les marchés en est une autre. Sans étiquetage clair ni circuits de distribution structurés, les efforts des producteurs peinent à être pleinement valorisés.
www.lerelai.tg : Parlant des trois piliers de la transition agroécologique que retenir ?
Expert : La transition agroécologique dans le centre du Togo repose sur une démarche structurée autour de trois axes stratégiques indissociables :
- La gestion durable des sols : Sur le plan technique, cet axe privilégie le compostage biologique, le paillage systématique ainsi que l’abandon du labour destructeur au profit de méthodes de travail du sol respectueuses de l’écosystème. Ces pratiques permettent la régénération progressive de la fertilité des terres et garantissent une meilleure rétention de l’eau dans le sol, un atout majeur face aux sécheresses intempestives.
- La diversification des sources de revenus : Pour réduire la dépendance aux seules cultures vivrières traditionnelles, les producteurs intègrent des activités complémentaires à faible impact environnemental, telles que l’apiculture écologique et le petit élevage caprin maîtrisé. Cette approche garantit la stabilisation des revenus des ménages ruraux et renforce leur résilience financière lors des mauvaises campagnes agricoles.
- Le renforcement des capacités locales : La pérennité du modèle s’appuie sur la tenue régulière d’ateliers pratiques et l’organisation des producteurs en coopératives structurées. Cette dynamique communautaire favorise la structuration progressive de la filière agricole et consolide l’autonomie socio-économique des populations locales.
Analyse éditoriale : l’enjeu du soutien multi-acteurs
Si les initiatives citoyennes et l’engagement des organisations de la société civile démontrent l’efficacité de la résilience locale, la pérennisation de ces résultats exige une synergie accrue. Pour transformer ces expériences pilotes en une véritable dynamique régionale, trois leviers apparaissent prioritaires :
D’abord la formation continue des acteurs de terrain sur l’utilisation des intrants biologiques et la préservation de la biodiversité.
Ensuite l’accès facilité au crédit rural adaptatif, permettant aux coopératives et jeunes entrepreneurs agricoles de s’équiper durablement.
En fin le développement de canaux de commercialisation équitables, garantissant la traçabilité des produits verts et leur accès aux marchés urbains.
L’expérience des communautés de la Région Centrale prouve que la protection de l’environnement et la productivité agricole ne s’opposent pas : elles constituent au contraire les deux piliers indissociables du développement rural de demain.
Par Aristide Kawele