Élim CAN 2027 / Éperviers vs Fennecs : Le Togo peut-il surprendre l’Algérie ?

Élim CAN 2027 / Éperviers vs Fennecs : Le Togo peut-il surprendre l’Algérie ?

Entre le déplacement à Tizi Ouzou, le 14 novembre, et la réception à Lomé, le 17, les hommes de Patrice Neveu jouent une partie de leur saison. Contre des Fennecs favoris sur le papier mais encore en rodage, le Togo n’aura pas droit à l’improvisation.

Par Aristide Kawele 

Certains rendez-vous valent bien plus que les trois points qu’ils mettent en jeu. La double confrontation entre les Éperviers du Togo et les Fennecs d’Algérie, pour les troisième et quatrième journées du groupe I des éliminatoires de la CAN 2027, en fait partie. Samedi 14 novembre, à 19 h GMT, le Togo ira d’abord à Tizi Ouzou, au stade Hocine Aït Ahmed. Mardi 17 novembre, à 16 h GMT, il recevra l’Algérie au stade de Kégué.

Un groupe encore ouvert, une marge qui se réduit

Le Togo arrive à ce rendez-vous avec le bilan contrasté de deux premières journées. Les Éperviers ont d’abord battu le Burundi (1-0) à domicile, le 25 septembre, avant de s’incliner (0-2) à Ndola, quatre jours plus tard, face à la Zambie. Ils comptent trois points et occupent une troisième place provisoire.

L’Algérie, elle, a pris un meilleur départ. Elle a dominé la Zambie (3-1) puis concédé un nul (2-2) face au Burundi. Avec quatre points, elle mène le groupe, devant la Zambie et le Togo, tous deux à trois points, et le Burundi, à un point.

Rang Équipe Points
1 Algérie 4
2 Zambie 3
3 Togo 3
4 Burundi 1

Les deux premières places sont qualificatives. Le Togo est donc toujours dans la course, mais l’écart avec la tête ne laisse plus beaucoup de place à l’erreur.

Deux matchs en trois jours : la gestion avant tout

Seulement trois jours séparent les deux rencontres. Cette contrainte pèsera sur la gestion physique, la récupération et les choix des deux sélectionneurs. Pour les Éperviers, le défi est double : résister à la pression du déplacement, puis retrouver assez de fraîcheur pour tirer parti du public de Kégué. Il faut donc préparer ces deux matchs comme un seul bloc, et non comme deux événements séparés.

L’Algérie : qualité technique, mais une équipe en rodage

Il serait imprudent de sous-estimer l’adversaire. Les Fennecs ont l’expérience des grandes compétitions, un vivier de joueurs évoluant dans des championnats exigeants, et une vraie capacité à faire circuler le ballon, à accélérer dans les espaces et à exploiter les couloirs. Selon Fennec Football, Baghdad Bounedjah et Ismaël Bennacer seraient attendus pour ces deux matchs, une présence encore à confirmer par la liste officielle.

Mais cette équipe est aussi en transition. Brahim Hemdani, nommé récemment, doit préserver la compétitivité des Fennecs tout en leur donnant une nouvelle identité de jeu. Son début de campagne l’illustre : trois buts marqués contre la Zambie, mais deux encaissés face au Burundi. L’Algérie n’est pas imbattable. Si son bloc se projette trop haut, il peut s’exposer aux transitions rapides. C’est là que le Togo devra frapper.

Les Éperviers : du potentiel, mais un déficit d’efficacité

Le Togo ne manque pas d’arguments. Le capitaine Djené Dakonam apporte son expérience et son sens de l’organisation. Devant, Kevin Denkey et Kodjo Fo-Doh Laba peuvent peser sur n’importe quelle défense. Au milieu, Karim Dermane et Kodjo Aziangbe ajoutent mobilité et percussion. Parmi les nouveautés de la pré-liste, le défenseur Lilian Brassier, de l’Eintracht Francfort, pourrait connaître sa première sélection.

Le vrai chantier se situe ailleurs : transformer les intentions en occasions franches. Un but marqué en deux journées, deux encaissés : le bilan reste perfectible. Patrice Neveu l’a reconnu dans un entretien accordé à Africafoot. Il a regretté le manque d’exploitation des centres, l’absence d’attaquants dans la surface et l’apport insuffisant des côtés face à la Zambie. Un diagnostic lucide, qui montre que le problème est autant collectif que statistique.

Ses atouts : des joueurs expérimentés, des cadres comme Dakonam, des attaquants capables de faire la différence, le soutien attendu de Kégué et la motivation de retrouver une phase finale après quatre éditions manquées. Ses faiblesses : une production offensive limitée, une faible présence dans la surface, des couloirs mal exploités et des transitions défensives à fiabiliser.

Le choix de Neveu : équilibrer sans se renier

Face au Burundi, le sélectionneur français avait démarré en 4-2-3-1 avant de passer en 3-5-2. Contre la Zambie, il avait choisi un 5-3-2 pour mieux contenir l’adversaire, au prix d’un manque d’apport sur les côtés. La question est désormais simple : comment défendre contre l’Algérie sans renoncer à attaquer ?

Une équipe qui se contente de reculer finit par subir. Celle qui se projette sans couverture s’expose aux contres. Un 4-2-3-1 offrirait plus de solutions pour accompagner l’attaquant. Un 3-5-2 ou un 5-3-2 densifierait l’axe et protégerait les couloirs. Aucun schéma n’est magique : les déplacements, les automatismes et l’animation compteront davantage que le dessin de départ.

Comment le Togo peut-il obtenir un résultat ?

La différence de profondeur d’effectif et d’expérience est réelle, et Patrice Neveu lui-même l’a admise. Mais le football ne se joue pas sur les réputations. Cinq leviers se dégagent.

  • Fermer les espaces sans abandonner le ballon. Une défense compacte, avec de faibles distances entre les lignes, pour empêcher les Fennecs de trouver des joueurs entre les lignes et éviter l’isolement des latéraux. Défendre ne signifie pas renoncer à jouer : le Togo devra ressortir proprement et conserver le ballon par séquences pour faire respirer son bloc.
  • Exploiter les transitions. Denkey en profondeur, Fo-Doh Laba dans la surface : encore faut-il leur fournir des ballons exploitables. Une récupération dans l’entrejeu doit devenir rapidement une occasion, avec des courses coordonnées et un soutien immédiat.
  • Rééquilibrer les couloirs. Les latéraux ou pistons devront choisir leurs moments de projection pour créer des supériorités numériques. Les centres, ciblés par le sélectionneur lui-même, devront être mieux préparés.
  • Ne pas gaspiller les occasions. Face à l’Algérie, elles seront rares. Il faudra plus de présence dans la surface, de coordination entre attaquants et milieux, et une vraie attention aux coups de pied arrêtés, armes précieuses dans un rapport de force déséquilibré.
  • Gérer les deux matchs ensemble. À Tizi Ouzou, mieux vaut ne pas se condamner à un « obligation de victoire » qui pousserait à prendre des risques. Un nul à l’extérieur serait une excellente base avant Lomé. Il faudra aussi éviter les cartons, les blessures évitables et une mauvaise gestion de l’effectif.

Une liste qui se précise

Patrice Neveu a dévoilé, le 27 octobre, une pré-liste élargie de 31 joueurs, de quoi absorber l’enchaînement des deux rencontres. La liste définitive doit être présentée le mardi 3 novembre, à 10 h, lors d’une conférence de presse au stade de Kégué. Le sélectionneur surveille l’état physique de certains joueurs : il avait évoqué, dans son entretien avec Africafoot, l’espoir de récupérer Boateng, Josué Homawoo et Faad Sana, sous réserve de leur situation médicale. Au-delà des noms, c’est la complémentarité qui comptera : des joueurs capables de défendre ensemble, de sortir du pressing et de se projeter vite.

Lomé, un public attendu au rendez-vous

À Kégué, les Éperviers pourront compter sur leur public, mais un soutien ne se décrète pas : il se nourrit de l’engagement des joueurs et de résultats qui redonnent confiance. Patrice Neveu a insisté sur la nécessité de maintenir l’unité autour de la sélection et de ne pas perdre de vue les échéances suivantes. Le public togolais n’attend pas des promesses, mais une équipe qui se bat, joue avec intelligence et donne le sentiment de pouvoir rivaliser.

Notre analyse : l’Algérie favorite, le Togo pas condamné

Sur le papier, l’Algérie part avec une longueur d’avance. Mais les Éperviers ont de quoi lui résister, à condition d’être patients, rigoureux et surtout efficaces. Un bon résultat à Tizi Ouzou changerait la dynamique du duel, et une victoire à Lomé pourrait relancer la qualification. Promettre un score serait hasardeux : tout se jouera sur les choix tactiques, la fraîcheur physique et la capacité à répondre à la pression.

Ces deux matchs ne seront pas la dernière chance du Togo : Burundi et Zambie sont attendus en mars 2027. L’objectif de novembre est d’engranger assez de points pour aborder le sprint final sans dépendre des autres. Mais au-delà du classement, c’est la crédibilité du projet de reconstruction de Patrice Neveu qui sera observée. Après quatre éditions de la CAN manquées, le Togo veut retrouver la scène continentale. Novembre peut en être le premier tournant.

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