26 juin 2026

Togo : Le défi persistant de la transhumance malgré les interdictions officielles

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Malgré un arsenal réglementaire strict et l’interdiction officielle de la transhumance transfrontalière décrétée par Lomé, les tensions entre éleveurs nomades et agriculteurs locaux restent vives dans les campagnes togolaises. Entre dégâts matériels, stratégies d’évitement nocturnes et risques de violences, la coexistence sur le terrain s’avère de plus en plus complexe.

​C’est le désarroi d’un producteur qui fait écho à celui de milliers d’autres à travers le pays. Dans plusieurs préfectures du Togo, le passage des grands troupeaux laisse derrière lui un paysage de désolation et ravive un conflit structurel que l’État tente pourtant de juguler depuis plusieurs années.

​Des techniques d’incursion nocturnes bien rodées

​Pour les agriculteurs, la frustration est d’autant plus grande que les méthodes des bouviers nomades ont évolué pour contourner la surveillance. Les incursions clandestines se font désormais à l’abri des regards.

​« Ils s’installent à proximité des cultures sans y toucher dans un premier temps », confie un producteur local sous couvert d’anonymat. « Puis, la nuit précédant leur départ, ils introduisent le bétail pour brouter les parcelles avant de prendre la fuite avant l’aube. »

​Cette année, ce sont les cultures d’ignames et de sorgho qui paient le prix fort. Des buttes piétinées aux lianes sectionnées, les dégâts compromettent directement les rendements de la saison. Même les cultures secondaires, comme le sorgho utilisé traditionnellement pour confectionner des huttes de protection contre le soleil, ne sont pas épargnées.

​Face-à-face tendus et risques sécuritaires

​Au-delà des pertes économiques directes, c’est l’escalade de la violence qui inquiète les communautés rurales. Les confrontations directes tournent parfois au drame. Récemment, dans l’une des préfectures de l’intérieur, une altercation a failli coûter la vie à un paysan, grièvement blessé à la machette par des bergers itinérants. L’intervention rapide des autorités préfectorales a permis d’éviter le pire, mais l’événement illustre la tension permanente qui règne dans les zones de pâturage.

​Le défi de l’application de la feuille de route gouvernementale

​Pourtant, le cadre légal togolais s’est durci. Dès 2020, face à la multiplication des conflits intercommunautaires, le gouvernement avait suspendu la transhumance transfrontalière. Dans sa stratégie quinquennale, Lomé affiche des ambitions claires :

​Limiter la capacité de charge nationale à un maximum de 50 000 têtes de bœufs sur le sol togolais.

​Promouvoir la sédentarisation du bétail à travers le développement de ranchs et de zones d’aménagement de production bovine (ZAPB).

​Mettre à disposition des populations un numéro vert pour dénoncer immédiatement les abus et infractions.

​Sur le terrain, l’application de ces mesures se heurte toutefois à la porosité des frontières et à la mobilité par nature imprévisible des éleveurs. Face à des groupes mobiles et parfois armés, la surveillance participative via le numéro vert montre ses limites. Pour les acteurs du monde agricole, si les réformes structurelles de l’État vont dans le bon sens, l’urgence demeure la sécurisation immédiate des parcelles pour garantir la souveraineté alimentaire des communautés.

La rédaction

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