Une circulaire du ministère de la Communication demande aux distributeurs de services audiovisuels de garantir, sous 30 jours, l’accès gratuit aux médias publics togolais. Canal+ et New World TV sont notamment cités dans la presse parmi les opérateurs concernés. Derrière cette mise en conformité, c’est la question de l’accès du public au service audiovisuel qui revient au premier plan.
À partir de ce samedi 19 septembre 2026, un sujet s’impose dans plusieurs journaux togolais : la gratuité de la TVT, de Radio Lomé et de Radio Kara sur les offres des distributeurs audiovisuels.
L’annonce repose sur une lettre circulaire datée du 18 septembre 2026, signée par la ministre de la Communication, Yawa Kouigan. Le document rappelle une obligation prévue par l’article 36 de la loi n°2019-016 du 30 octobre 2019 relative à la communication audiovisuelle : les distributeurs de services audiovisuels doivent mettre gratuitement à la disposition de leurs abonnés les services des médias audiovisuels publics.
Le ministère donne désormais 30 jours aux opérateurs pour régulariser leur situation.
Une obligation légale remise au centre du débat
Sur le fond, la mesure ne crée donc pas une nouvelle gratuité. Elle vise plutôt à faire appliquer une disposition légale existante.
C’est toute la différence.
Les médias publics concernés sont la Télévision Togolaise (TVT), Radio Lomé et Radio Kara. Le principe posé par la loi est que leur accès doit être assuré sans frais supplémentaires aux abonnés des services audiovisuels distribués au Togo.
Selon les informations publiées samedi par plusieurs médias togolais, le ministère estime que cette obligation n’est pas appliquée de manière uniforme. La circulaire demande donc aux distributeurs de prendre les dispositions techniques et opérationnelles nécessaires, puis de rendre compte des mesures adoptées à l’issue du délai.
Le compte à rebours doit conduire à une échéance autour du 18 octobre 2026.
Canal+ et New World TV dans le viseur ?
Les manchettes de ce samedi évoquent particulièrement Canal+ et New World TV. Les deux groupes figurent parmi les acteurs concernés par cette mise en conformité, selon plusieurs médias qui ont rapporté la circulaire.
Il faut toutefois apporter une précision importante : la circulaire ne semble pas viser uniquement ces deux entreprises. Elle s’adresse plus largement aux distributeurs de services audiovisuels opérant au Togo.
L’enjeu dépasse donc le cas particulier de Canal+ ou de New World TV. Il concerne l’ensemble du marché de la distribution audiovisuelle.
Pour New World TV, acteur togolais devenu important dans le paysage audiovisuel sportif africain, cette question intervient alors que le groupe poursuit parallèlement son développement commercial et régional. En juin 2026, l’entreprise avait notamment annoncé un partenariat avec Orange Afrique et Moyen-Orient pour distribuer ses contenus sportifs dans neuf pays africains.
Cette activité commerciale n’est pas directement remise en cause par la circulaire. La question porte ici sur l’accès aux médias publics dans les offres distribuées au Togo.
Pourquoi cette gratuité compte-t-elle ?
Pour le téléspectateur, la question peut sembler simple : si une chaîne publique est disponible sur un bouquet, pourquoi faudrait-il payer davantage pour la regarder ?
Mais derrière cette interrogation se trouve une question plus large : qui doit pouvoir accéder à l’information de service public ?
La télévision et les radios publiques diffusent des informations institutionnelles, des programmes éducatifs, des campagnes de sensibilisation, mais aussi des contenus culturels et régionaux. Garantir leur accessibilité sur les différents réseaux de distribution revient donc à élargir leur audience.
Pour les ménages qui disposent d’un abonnement à un bouquet payant, l’objectif est également d’éviter qu’un contenu relevant du service public ne devienne accessible uniquement à travers une formule commerciale particulière.
C’est précisément cette dimension d’accessibilité que mettent en avant plusieurs publications consacrées à la circulaire.
Un bras de fer juridique à surveiller
Le ton employé par le ministère est ferme, mais il convient de ne pas aller plus loin que le contenu du texte.
Les opérateurs disposent de 30 jours pour se conformer. À l’issue de cette période, les situations qui demeureraient irrégulières doivent être transmises à l’autorité de régulation compétente afin que les suites prévues par la réglementation puissent être envisagées.
Autrement dit, la circulaire ne signifie pas qu’une sanction est automatiquement prononcée contre Canal+ ou New World TV dès maintenant.
Elle établit d’abord un délai de mise en conformité.
C’est ensuite au régulateur, dans le cadre de ses compétences et des procédures applicables, de déterminer les suites éventuelles en cas de manquement persistant.
Cette nuance est importante, notamment pour éviter de transformer une démarche réglementaire en affrontement entre le gouvernement et des opérateurs privés.
Le véritable test sera l’application
Sur le papier, la règle est claire. Dans la pratique, sa mise en œuvre peut soulever plusieurs questions techniques : intégration des signaux, positionnement des chaînes, modalités d’accès pour les abonnés et vérification effective de la gratuité.
Le ministère demande précisément aux distributeurs de documenter les dispositions prises.
La prochaine étape sera donc particulièrement intéressante : voir comment chaque opérateur traduit cette obligation juridique dans ses offres commerciales.
Pour le public, le résultat attendu est concret : pouvoir regarder la TVT ou écouter Radio Lomé et Radio Kara sans devoir souscrire une option supplémentaire.
Pour les distributeurs, le message est tout aussi clair : une règle inscrite dans la loi depuis 2019 doit désormais trouver une application effective.
Au-delà du titre accrocheur — « 30 jours pour se conformer » — le dossier pose finalement une question assez simple : comment garantir que le service audiovisuel public reste réellement accessible à tous, à l’heure où une part croissante de l’offre télévisuelle passe par des bouquets commerciaux ?
C’est sur cette réponse, plus que sur la polémique, que se mesurera la portée de la décision.
La Rédaction